Prolongation de l'exposition de Christophe Airaud - Faire avec Peu jusqu'au 2 mars 2024 inclus.

Faire avec peu la maison Maïtou

Histoire de la série « la villa Maïtou »
Ce sont les coordonnées GPS d'un champ de tir : 48°49'08.7"N 2°14'16.9"E
Une adresse : 25 Rte des Gardes, 92190 Meudon
Et le nom d'une demeure : Villa Maïtou
Sur Google Map, le lieu est indiqué « définitivement fermé. ». Aucune maison n'est définitivement fermée. Ou il faudrait qu'elle soit hantée et que les fantômes existent vraiment. Les fantômes n'existent que dans les livres de Modiano. L’écrivain qui habitait là, c’est Louis Ferdinand Céline, puisqu’il faut bien le nommer, ne connaissait de fantômes que ceux de son insalubre esprit.
C'est peut-être pour cette raison qu'un dimanche après-midi je me suis introduit dans cette baraque abandonnée pour y chercher des traces.
Devant un énorme trou, une fosse, le souvenir d’une guerre ou d’une explosion.
Une tranchée de 14 ? Un trou d'obus de 40 ? Une tombe géante pour ensevelir les insanités de l'ancien propriétaire ? Les guerres l’avaient obsédé et il n’en tira rien de bons sauf des récits prodigieux, c’est déjà çà.
Cette maison m’a toujours fasciné et depuis toujours. Je me demande par quelle infame curiosité. J’y ai parfois rodé devant sans oser. Lucette y demeurait encore. Impossible de frapper à la porte. Autant attendre « le chantier interdit au public » pour y récupérer les dernières essences. Que reste-t- il des mots crachés sur le papier. Les murs s’en souviennent-ils? Ils sont criblés, décidément les souvenirs des combats hantent les parois de la cuisine, de la salle à manger, de la chambre peut être. Il a donc dormi là. Dormait-il sereinement ? Sur ses deux oreilles, lui qui les écorcha par ses écrits.
Aucune trace en revanche du perroquet ni des fils sur lesquels l’écrivain, j’oubliais de dire du génial écrivain, autant que salaud, pendait sa prose.
Et au dernière étage l’horizon belle vers Paris : la verdure, la beauté de ce jour et l’impression dérangeante d’être satisfait de partager ce qu’il a vu chaque jour. À moins qu’il ne regardait point dehors enfermé dans ces lueurs de haine. Sa lumière et ses pierres voilà ce que j’ai voulu voler dans la Villa Maïtou .. Et ainsi est née cette série ..