Prolongation de l'exposition de Christophe Airaud - Faire avec Peu jusqu'au 2 mars 2024 inclus.

« Faire avec peu » une sobre photographie

En janvier 2023, j’ai fait l’acquisition d’un appareil miniature. Un jouet, semble-t-il, mais un bijou nommé Minox Classic Leica M3 fabriqué en 2005. Largeur : 7 cm. Hauteur : 4,7 cm et poids : 110 grammes. Son ancienneté en fait un fragile rebelle à la haute technologie.
Je venais d’exposer la série « Trop tard », un certain regard sur la fin des mondes. Fin des illusions, fin d’une terre en souffrance, fin de l’insouciance, nature morte aux beautés de fanaison. La sobriété guettait en réponse à ces finitudes.
L’intelligence artificielle commençait à roder, les milliards de pixels produisaient par jour des milliards d’images dans le monde.
Comment poursuivre la fulgurante pensée de Walter Benjamin pour qui, une image serait « un missile projeté sur le spectateur ». Lui qui a tant réfléchi sur la relation entre la technique et l’art.
Et se souvenir de Chris Marke r qui disait : « La photo, c'est la chasse, c'est l'instinct de chasse sans l'envie de tuer. C'est la chasse des anges ... On traque, on vise, on tire, et Clac ! Au lieu d'un mort, on fait un éternel ».

Alors cette année-là, je décidais que le Minox minus serait le complice du chasseur.
Ce boitier, aux fichiers numériques déglingués, au retard de déclenchement frôlant le ridicule (il admet deux secondes à se décider avant de dégainer), au cadrage aléatoire et aux déformations indignes, m’ a accompagné durant 2023 quotidiennement.
Ce fut un instrument de capture photographique , fidèle, discret, obtus et râleur mais toujours surprenant . On lui pardonne presque tout.

Ne pas avoir la main, faire avec peu et petit, retrouver le jeu et le pari serait donc le propos de cette série.
Des plages de fin de journée en été, quand la mélancolie et le soupir des souvenirs s’emparent des passants, à la maison en ruine de l’infernal Louis Ferdinand Céline à Meudon, parcourue par effraction, aux zones humides de la Touraine jusqu’aux journées de tempêtes sur le plateau de l’Aubrac, le mini Leica a tenu ses promesses, solide,pas d’abandon, juste une quête d’image. Un compagnonnage loin du progrès, en toute discrétion.